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Salanfe, un peu d'histoire

Le site de l'auberge de Salanfe contient une belle page d'histoire concernant l'alpage et le barrage avec de nombreuses photos anciennes.

Cliquer pour agrandir l'image Dans son livre "D'ardoise et d'eau" Maurice Coquoz parle ainsi de "l'affaire de Salanfe"

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Selon de très anciennes chartes, il apparaissait clairement que le pâturage de Salanfe, propriété de l'Abbaye de Saint-Maurice, était bel et bien englobé dans les limites de la commune de Salvan. Ces limites figuraient dans plusieurs "reconnaissances" établies entre 1324 pour la première et 1732 pour la dernière. Elles y sont décrites comme suit:
"Ces limites partent de l'ancien cours du Trient, en deçà du Rhône et du pont du Trient, se poursuivent delà les frêtes de Charavais et par les Rochers Roux (en patois: pares rosses), descendent vers la Barberine (rivière), en remontant le cours et passent par la crête du Perron et par celle du Vieux-Emosson, s'étendent derrière la frête de la Tour Sallière, se continuent par la frête derrière Salanfe, reviennent par le sommet du Salantin, descendent vers le Lavanchier (mayen), et de là par la redoute et la porte de la Balme jusqu'au Rhône (qui coulait tout près)."
Après avoir évoqué quelques épisodes des différends qui opposèrent, il y a plus de deux cents ans, la cure, puis la bourgeoisie de Saint-Maurice et la cure, ainsi que la commune de Salvan, il en vient au jugement de la Diète pris le 15 mai 1775.
Ce jugement se basait pour l'essentiel sur un rapport d'une commission désignée par l'Etat.
Mais, à ce sujet, laissons la parole au chanoine Eugène Gross qui publia en 1918 une brochure intitulée "La question de Salanfe, une page d'histoire".
" En Diète de mai 1775, la haute Commission nommée par l'Etat, ou plutôt l'Etat se faisant Commission, composée du Grand Baillif Weguener lui-même, du bourgmestre Barberin, et de l'ex-gouverneur de Saint-Maurice, Hildbrand Roten, exposa le résultat de son travail, et son sentiment formel, au sujet de Salanfe.
Deux questions se posaient, la première relative à la juridiction de Salanfe; la seconde touchant certaines limites - au-dessous du Salantin - entre Salvan et la châtellenie de Saint-Maurice, et la jouissance de quelques bois et pâturages. C'est au sujet de cette seconde question, au moins ostensiblement, que nous voyons manœuvrer comme acteurs dans cette affaire, la bourgeoisie de Saint-Maurice, et non au sujet de la première qu'ils avaient déclarée ne pas les regarder. Nous n'avons à nous occuper que de la première. Cette remarque est très importante.
La commission s'essaya donc à combattre les preuves établissant les droits de l'Abbaye. A cet effet, elle déplaça la Tour Sallière en la reculant de plusieurs kilomètres, et par suite, contrairement aux anciennes reconnaissances d'après lesquelles les limites de Salvan passent depuis la Tour Sallière derrière les frêtes de Salanfe pour aboutir au sommet du Salantin, elle les ramena en arrière, et les fit passer par le col d'Emaney
De manière à en exclure totalement Salanfe. Et elle conclut de la façon la plus absolue que Salanfe devait rester dans le domaine et la juridiction L'Etat souverain tout en soumettant à la correction de celui-ci, c'est-à-dire à la sienne, le rapport qu'elle lui présentait.
En effet, de la condition de commissaires et d'acteurs, les signataires de ce rapport passèrent à celle de juges. Après avoir été lu intégralement, en présence du souverain Etat par son chancelier, ils l'approuvèrent et le confirmèrent en tout comme chef et membres de l'Etat, et leur conclusion devint une sentence juridique ayant force de loi, signée par Maurice-Antoine-Fabien Weguener, Baillif, et les deux autres, et contre signée par le chancelier d'Etat, Augustin Fasner. Et le jugement fut produit et confirmé en Diète du 15 mai 1775".
Cette procédure, tout comme l'acharnement mis à réfuter les preuves fournies et à modifier le tracé de frontière clairement décrit dans des documents authentiques, et cela à l'instigation de la châtellenie de Saint-Maurice, fut un des derniers épisodes de la lutte des patriotes du Valais contre les juridictions temporelles du haut clergé.
Le 8 mars 1917, la commune de Salvan demandait, par un mémoire rédigé par M. le Conseiller national Raymond Evéquoz, au Conseil d'Etat de soumettre au Grand Conseil un décret attribuant à dite commune la juridiction sur le territoire de Salanfe.
Cette demande souleva aussitôt l'opposition de la commune d'Evionnaz, soutenue par celles de Massongex, de Saint-Maurice et de Vérossaz. Pour l'essentiel elles faisaient valoir qu'en tant que propriétaires de l'alpage, elles en avaient assumé et l'exploitation et la police. A l'appui de leur faire-valoir, elles citaient l'accord passé en 1870 entre les quatre bourgeoisies fixant la propriété de Salanfe et de Clusanfe comme suit: 30 % à Saint-Maurice, 28 % à Vérossaz, 24 % à Evionnaz et 18 % à Massongex.
Juridiquement on peut contester la valeur d'un tel acte, car le jugement de 1775 précisait que Salanfe devait rester dans le domaine (donc de la propriété) et la juridiction de l'Etat souverain. L'acte de 1870 spoliait en fait l'Etat du Valais d'un alpage que la Diète, un siècle plus tôt, lui avait dévolu.
La démarche de la commune de Salvan s'expliquait logiquement, car une demande de concession, émanant de M. Georges Stächelin, de Bâle, avait conduit la commune d'Evionnaz à passer avec lui un acte de vente pour l'utilisation des forces hydrauliques de la Salanfe et la création d'un bassin d'accumulation, pour le prix de vingt mille francs, plus une redevance annuelle de deux francs cinquante par cheval utilisable, produit par la chute considérée.
Elle tenait donc fermement à ne pas se laisser dépouiller par une commune qui subitement se découvrait des droits exclusifs de propriété.
Désormais, chacune des deux parties en présence allait rivaliser d'efforts pour convaincre Messieurs les députés du bien-fondé et de la véracité des arguments qu'elle faisait valoir.
Salvan publia en mai 1918 une brochure intitulée " La question de Salanfe ", Mémoire Duplique de Salvan répondant aux Mémoires d'Evionnaz; elle est signée par M. Louis-François Gross, président.
Nos deux représentants au Grand Conseil: MM. Jules Bochatay et Rémy Coquoz, solidement unis en cette occasion, mirent toute leur énergie et leurs connaissances du problème pour faire triompher leur bon droit.
De son côté, Evionnaz; subrogée à Saint-Maurice, Vérossaz et Massongex, fit valoir, que de temps immémoriaux, elles avaient été propriétaires des alpages de Salanfe et de Clusanfe: que les quatre bourgeoisies y avaient assuré diverses fonctions relevant de la juridiction, comme: la police, l'établissement des rôles d'impôt, les inscriptions des décès survenus à Salanfe dans les registres de l'état civil d'Evionnaz, l'octroi de préavis pour la concession d'un hôtel à Salanfe et, en 1904, lors de la concession de mine située au Luisin, les publications légales portèrent que cette mine était située sur le territoire d'Evionnaz. Tout cela sans que la commune de Salvan ne réagisse.
Le Grand Conseil en débattit longuement, puisqu'il fallut toute une séance le 17 mai 1918 pour arriver au bout de la première lecture et deux séances, les 20 et 21 février 1919 pour clore le débat en deuxième lecture et procéder au vote final.
Sans entrer dans tous les détails rapportés par le mémorialiste au long de soixante-quatre pages consacrées à ces débats, relevons les arguments des deux commissions, chargées de présenter le projet de décret, relatif à la juridiction de Salanfe et de Clusanfe, tel que l'avait préparé le Conseil d'Etat.
L'arrêté de la Diète du 15 mai 1775, conformé par l'arrêt du 22 mai 1780 est à considérer comme chose jugée par une autorité alors seule compétente à trancher le différend. Ce procès, dont la sentence a été admise par les parties, et qui consacre un état de fait vieux de cent trente-huit ans, ne peut être révisé.
L'Abbaye avait alors perdu tous ses droits sur cet alpage de Salanfe, et Salvan ne pouvait donc en hériter, lors de la proclamation de l'indépendance du Bas-Valais en 1798. Malgré de brillantes plaidoiries, il semble que le siège était bel et bien fait et que la majorité du Grand Conseil soutiendrait la proposition du Conseil d'Etat. N'a-t-on pas été jusqu'à accuser la commune de Salvan de n'avoir soulevé ce problème de juridiction en sa faveur que dans l'espoir de s'enrichir avec des redevances hydrauliques, alors qu'Evionnaz, qui avait déjà passé un contrat de concession, n'encourait pas les mêmes accusations!
Nous ne referons pas ici le procès, qui se termina par une proposition du député Couchepin, ainsi formulée:
" La juridiction de la montagne de Salanfe est dévolue à la commune I'Evionnaz. La limite de juridiction de cette montagne sera établie suivant les limites existantes sauf à l'est, où elle sera établie comme suit:

Elle part du Salentin, passe au col du Jorat, suit la crête de Seyère, cote 1965, et rejoint le Tsarvo par la crête. La juridiction de Clusanfe est dévolue à la commune de Champéry."
En votation finale, cette proposition fut rejetée par quarante-deux voix contre trente et une.
Une proposition de M. de Lavallaz, ne portant que sur l'attribution de Clusanfe à Champéry, connut le même sort par quarante et une voix contre trente-quatre.
Toute la passion, tout le sérieux, toute l'énergie des députés à défendre leur point de vue respectif, n'empêchèrent point quelques orateurs de faire preuve d'un lyrisme aussi romantique qu'épicurien:
M. Trottet, rapporteur de la première commission:
" Les cinq cimes des Dent-du Midi s'élèvent déchirées et tourmentées, du glacier du Plan Névé, suspendu lui-même au-dessus de l'abîme.
Le gris des parois à pic, presque perpendiculaires, de la Tour Sallières et du Dôme, est coupé par la tache blanche et large d'un glacier qui semble en équilibre instable et prêt à s'effondrer.
Mettez sur ce paysage un grand soleil d'or qui scintille sur les glaciers, qui sème la joie sur ce qu'il éclaire et qui fait se dessiner en masses violettes les hautes cimes de Salanfe et vous aurez une idée de la splendeur de ce plateau alpestre et des émotions qui saisissaient les membres de votre commission de juridiction, le 21 août 1917, alors qu'ils se reposaient à Salanfe, devant l'Hôtel Délez, des fatigues d'une rude grimpée, faite de Salvan à dos de mulets ! .. . "
M. Thétaz, rapporteur de la deuxième commission:
"A l'Hôtel de la Dent-du-Midi, où nous arrivons vers les cinq heures du soir, nous attendent les autorités de Salvan. Un accueil sympathique nous est réservé par le tenancier, M. Délez, juge de Salvan, qui nous reçoit très confortablement.

Puis la commission se sépare en deux groupes, dont l'un descend par Van, du côté de Salvan, et l'autre, par le col du Jorat, sur Evionnaz.
Le groupe du Jorat a été l'objet d'une magnifique réception à Jorat-le-Bas, alpage de la bourgeoisie de Saint-Maurice, à l'issue de laquelle, heureusement inspiré, un participant a prononcé de belles paroles à l'adresse du président de la commission, dont c'était ce jour, 20 août, le soixantième anniversaire de la naissance.
Toute l'assemblée, debout, chante le " Qu'il vive et soit heureux", lui souhaitant longue vie.
M. le colonel Ribordy prend la parole, remerciant de cette touchante et inattendue manifestation de sympathie et nous invitant à cette heure troublée, à diriger notre pensée vers notre pays, notre patrie, que nous devons défendre et rendre plus prospère et plus respectée !"
On peut encore citer quelques traits qui, la fièvre étant tombée, nous font aujourd'hui sourire:
Dans le rapport de la première commission:
" On dit même qu'Evionnaz avait fait balayer le chemin du Jorat pour nous démontrer combien son entretien lui tenait à cœur ce jour-là! "
"La commission de la Diète passe à Barberine, à Emaney et à Salanfe, en traversant des endroits périlleux comme s'exprime la sentence de 1775, les temps n'étaient pas encore venus où les députés et les grands baillis de 1917 feraient la Dent-Jaune en souliers de ville !"
M. R. Coquoz, député:
" L'Abbaye a, du reste, à ce sujet, la déposition écrite de trois vénérables vieillards de Salvan, chasseurs de profession, bien au courant par conséquent de tous les détails de Salanfe. Je ne puis résister à la tentation de vous citer leurs noms. Ce sont Antoine Coquoz, Pierre-Joseph Coquoz et Pierre Cergneux, tous trois âgés de plus de 60 ans. Ces trois vieillards (!) se sont rendus sur les lieux en 1767, à la demande des commissaires Jean-Joseph Gagnoz et Jean Bertrand. D'un commun accord, ils ont déclaré à leur retour que la Tour Sallière est bel et bien le roc abrupt qui domine et ferme l'alpage de Salanfe à l'occident."
Nous arrêterons là nos citations, mais avant de conclure ce chapitre, I faut préciser encore que la commune de Salvan envisagea de faire recours et de porter cette affaire devant le Tribunal fédéral. Elle prit contact avec un éminent avocat lausannois, qui, dans un mémoire, daté du 12 mars 1919, analyse et suppute les chances d'un tel recours. Il arrive à la conclusion qu'un recours de droit public au Tribunal fédéral pour violation d'un principe de la Constitution du canton du Valais ou pour violation de l'art. 4 de la Constitution fédérale, en vertu duquel le tribunal fédéral s'est déclaré compétent pour annuler les actes entachés d'arbitraire n'a pas de chance de succès.
Le procès de Salanfe était, dès lors, définitivement clos.
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D'ARDOISE ET D'EAU, Salvan - Finhaut - Vernayaz du XIXe au XXe siécle
Maurice Coquoz  - Edition Monographic, Sierre (1992)

 

Entre 1904 et 1937, des mines d'arsenic furent exploitées dans la région de Salanfe, sous le Luisin..

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